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2013-08-01T10:00:00+02:00

"Il y a des jours où le monde paraît si vaste que c'est trop pour vous."

Publié par MyaRosa

Avis de tempête (Oystercatchers) de Susan Fletcher [Extraits]


Moïra se rend tous les jours au chevet de sa soeur cadette, qu'une chute, cinq ans auparavant, a plongée dans le coma. Année après année, la lassitude gagne Moïra, qui ne se pardonne pas d'avoir été une soeur lointaine. Comme pour rattraper le temps perdu, elle retrace devant la jeune fille inconsciente son existence de fille sauvage et revêche, sensible pourtant, une vraie " fille de la mer " et des vents glacés des Cornouailles.

 

 Parce que cette lecture m'hypnotise, que je suis subjuguée par les descriptions et la merveilleuse écriture de Susan Fletcher et parce que l'émotion me submerge, j'avais envie de partager quelques extraits avec vous...

 

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illustrations de couverture - éditions J'ai Lu

 

 


 

"Cela fait quatre ans. Quatre - et combien de mois ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Il me reste les années, mais j'ai perdu les unités de temps plus petites, plus pâles - les semaines, les jours et, en leur sein, les heures muettes. Elles m'ont quittée, ou peut-être du moins, mon désir de les compter. Jadis, je comptais : les minutes et les bruits de ton coeur; les secondes sur ma montre. Je regardais venir les saisons : les arbres changer, les pousses jaillir de la terre, et les gelées, et je voyais ton fantôme fragile s'éloigner à travers les champs labourés. Je me disais : l'année dernière... et je t'imaginais telle que tu étais alors - en train de manger, ou dans l'herbe. Et c'est de cette façon, ma douce, que je mesurais nos vies, au début : par des retours, par la lente rotation silencieuse du monde. J'ai compté quatre citrouilles, quatre mois de mai printaniers. Des pins, des jours fériés; une année bissextile. J'ai compté dix mille marées, Amy. J'étais la fille au boulier. C'est la nuit que je comptais tout ça. J'étais dans l'espérance." (p11)

 


"Si nous avons tous une saison, eh bien voilà la mienne. L'hiver. C'est quelque chose qu'on peut aimer, on peut même en ressentir le besoin : les longues nuits et les journées courtes. Je suis sûre que tu n'es pas d'accord. Toi, c'était le frisbee, et les guirlandes de pâquerettes. Mais moi je foulais les champs labourés en soufflant sur mes mains, et je n'aurais pas échangé les grands espaces ni la froidure contre Blakeney Quay ni Titchwell Reserve, ni n'importe quelle plage ensoleillée. [...] Chez nous, il fait bon. [...] C'est important car si je veux aller me promener en plein hiver, au bord de la mer glacée, je veux en rentrant trouver une maison bien chaude, avec de l'eau qui bout pour le thé et des chansons à la radio. Pouvoir me faire couler un bain. Ca fait partie du plaisir. N'avons-nous pas tous notre jardin secret ?" (p77-78)

 


"Il y a des jours où le monde paraît si vaste que c'est trop pour vous. Il vous arrache toutes les choses auxquelles on tient. On se sent aussi petit qu'une graine, ou qu'un grain de sable sur une plage." (p97)

 

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"On rêve de ce qu'on rêve... Ca ne se contrôle pas. [...] Pas de murs dans le sommeil. Les verrous cédaient. Certaines nuits, elle imaginait à quoi ressemblerait la mer du Nord le jour où elle finirait par la voir : comment elle balancerait les bateaux, viendrait se fracasser contre les rochers pour retomber en éclaboussures qu'elle absorberait de nouveau. Tous les poissons. Les bateaux naufragés. Les vagues grises, comme des dos. Si elle essayait de rêver d'autres choses, cela revenait toujours, elle ne pouvait pas s'empêcher d'y penser. Elle se réveillait de ces rêves avec du sel dans la bouche, et du sable dans les cheveux et les yeux. Il y aura des vagues déferlantes. Il y aura des falaises avec des fulmars. Ou bien une digue. Un bateau de pirates. Ou une énorme queue qui se dresse au-dessus de l'eau. Til se gara à Wells-sur-mer. Lança "Prête ?" Pas de falaises. Pas de pirates. Moïra se souviendrait de ce moment. Il y avait l'air salé des mouettes, mais c'était une plage plate, grise. Une côte droite. Pas de rochers, ni de trous d'eau. Pas la moindre falaise. Pas de baleines ni de fulmars. Et s'il y a des instants dans la vie où le coeur vous lâche et où la tristesse s'infiltre en vous comme une eau sournoise, c'est un de ces moments-là que connut Moïra, dans son duffle-coat, les bras ballants, avec la mer loin, très loin, brunâtre, lente : pas d'écume, pas d'eau blanche et sifflante. Rien qu'une plage. [...] Et Moïra se sentit triste. Triste, et idiote, d'avoir pensé que toutes les mers étaient les mêmes, avec les mêmes vagues." (p94-95)

 

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"J'avais appris une leçon, une leçon que tu n'as sans doute pas encore apprise toi-même, et que tu n'auras pas le temps d'apprendre, et c'est la suivante : on suit son cours. On est toujours soi, et on persévère, malgré les deuils, les erreurs. Les femmes en particulier. Nous savons garder des secrets. Nous lestons nos poids de culpabilité, nos passions, nos haines, nos mensonges, et nous les laissons s'enfoncer, au point qu'on pourrait croire que rien de tout cela n'a jamais existé. Mais nous ne sommes pas dupes. Mes secrets, je peux tous les compter.

Je lui ai pardonné. Je suppose que toutes les femmes - toi, qui a seize ans; même les femmes heureuses, mariées, avec des enfants, qui croient qu'elles ont fait sans peine le bon choix - ont sans doute leurs zones d'ombre. Il doit leur arriver de regarder par la fenêtre, de temps en temps, et d'imaginer ces autres vies qu'elles n'ont pas eues. "(p126-127)

 

"On n'échappe pas aux rêves, et on ne peut pas les laisser sur les draps de son lit quand on se réveille. On peut essayer. Mais ils vous suivent à pas feutrés. Ils respirent, et vous les sentez. Et cela fait peur [...] Ils ne contiennent ni baume ni douceur. Les rêves, si inoffensifs qu'ils paraissent, donnent un sentiment de malaise, quand on se les remémore. On se retourne pour les voir. On en sent les abîmes." (p334)

 

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"[...] je crois que le monde est tel que nous choisissons de le voir. Ce n'est pas plus compliqué que ça. Au bout du compte, notre bonheur dépend de nous, et de personne d'autre [...] je crois que si nous voulons nous rendre malheureux, nous y parvenons. Si nous voulons être seuls, nous le sommes, tôt ou tard." (p369)

 

 

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commentaires

L'or rouge 14/08/2013 14:37

Tout est magnifique dans ton billet, les photos (très bien choisis) la musique et les extraits !! Bien sûr j'adore ce titre alors je suis bonne lectrice mais vraiment ce style... ce lyrisme, quel
bonheur... L'extrait page 77 et 78 me parle particulièrement... Quel plaisir pour moi aussi de m'immerger dans le froid et la pluie et de me réchauffer dans une maison bien chaude et un bain
brûlant...

MyaRosa 26/08/2013 18:35



Merci beaucoup L'Or. Ton message me fait vraiment plaisir.

Cécile 04/08/2013 21:58

Merci d'avoir partagé, c'est très joli.

MyaRosa 04/08/2013 23:46



Il y a des passages vraiment superbes dans ce roman ! ;)



Titia 02/08/2013 08:16

Que de belles citations, que de belles images aussi. Magnifique ...

MyaRosa 04/08/2013 23:59



:) Je suis ravie que ça te plaise. Je trouve ça tellement beau...



stephanie plaisir de lire 01/08/2013 15:35

oui il faut être raisonnable, commençons par les poches ! ;-) Bonne lecture Mya.

MyaRosa 01/08/2013 19:17



Merci. Bonne lecture à toi aussi. :)



stephanie plaisir de lire 01/08/2013 15:23

oui et tu me donnes envie de ne pas le laisser trainer dans ma pal. je vais essayer de la lire à le rentrée. Je suis très contente de t'avoir donné envie, ça aurait été dommage qu'il reste plus
longtemps sur l'étagère...

MyaRosa 01/08/2013 15:29



Oh chouette. Je suis impatiente d'avoir ton avis. En fait, c'est "Un Bûcher sous la neige" qui était dans ma PAL mais je voulais me le réserver pour l'hiver prochain. Du coup, j'avais bien envie
de lire celui-ci. Je suis allée faire un tour à la librairie et je suis repartie avec. Je n'avais pas prévu de le lire tout de suite mais j'ai tellement accroché que j'ai stoppé toutes mes
lectures en cours pour poursuivre celle-ci. En voilà un qui ne sera pas du tout passé par la case PAL ! :D


Son dernier roman me tente terriblement mais bon, je vais essayer d'être raisonnable. Il y en a déjà deux autres disponibles en poche alors autant commencer par ceux-là.



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